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Philosophie des crises financières

Par Olivier PICON

Depuis plus  d'un an, des prédictions  sur la possibilité d'un  krach de la Bourse sévissent dans la presse en diverses occasions. Nous avons lu sous de bonnes plumes que la victoire de Donald Trump à l'élection à la présidence des États-Unis provoquerait un effondrement des cours. On sait qu'il n'en a rien été et que, depuis le succès du candidat républicain, Wall Street n'a guère cessé de grimper de manière impressionnante. D'autres prévisions du même genre, fondées sur des événements politiques ou économiques de différentes natures, ont été également démenties jusqu'à présent.

 

Rien ne peut faire fléchir un marché qui veut monter

 

La vérité est que rien ne peut faire fléchir un marché qui veut monter. La conséquence de ce principe est que le conflit entre l'esprit haussier et la réalité n'a qu'une manière de se résoudre: l'irruption d'une correction violente. Celle-ci est déclenchée par un événement, souvent imprévisible, mais qui, tout à coup, est considéré comme déterminant pour l'avenir des marchés et la bonne tenue des placements.

 

L'histoire des crises financières largement étudiée, notamment par l'économiste John Kenneth Galbraith, dans son livre Brève  histoire de l'euphorie financière, fait ressortir deux grandes constantes. La première psychologique, la seconde monétaire.

 

Première constante : l'euphorie

 

Le passé montre que les crises, bien que toujours différentes, obéissent cependant à des scénarios voisins. L'idée s'impose  qu'un changement profond soutient et justifie la hausse des valeurs dont tout le monde peut profiter. La croyance se répand soudain que rien ne sera plus comme avant. Les tulipes sont des trésors sans égal aux Pays-Bas en 1637,  « l'ère nouvelle » rend les États-Unis invincibles dans les années 20, Internet ouvre une époque de prospérité sans précédent pour l'humanité en 2000, etc....

 

 Aujourd'hui, un climat comparable s'est établi. La numérisation de l'économie offre des débouchés extraordinaires à une foule d’entreprises innovantes, des promesses prodigieuses enchantent l'humanité depuis la conquête de nouvelles planètes jusqu'à la vie éternelle, en passant par les exploits de l'intelligence artificielle.

 

Le marché oublie que chaque révolution technique entraîne une ruée semblable qui se termine invariablement par un krach plus ou moins douloureux : chemins de fer au 19ème siècle, automobile au début du 20ème siècle, radio dans les années 20 aux États-Unis, Internet plus près de nous. L'euphorie fait oublier que, dans les périodes de mutation, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. A côté d'Amazon, Google ou Microsoft, il existe un immense cimetière des affaires déchues.

 

Seconde constante : l'abondance monétaire

 

Avant ou pendant presque chaque crise, il y a une certaine abondance monétaire. Le système de Law crée de la monnaie ; en 1873, année où apparaît le mot krach, il existe une pléthore de liquidités qui provoque une double chute des places des deux cotés de l'Atlantique; en 1882 la folle et provisoireenvolée de l'Union Générale est rendue largement possible par des achats à terme, donc financés à crédit.

 

Pour 1929, nous disposons d'un témoin exceptionnel et prophétique, Paul Claudel, alors ambassadeur de France à Washington. Dès le 4 décembre 1928, il parle d'une « orgie de spéculation ». Il écrit en 1929 :

« Tout l’argent du monde affluait à Wall Street où il était utilisé à alimenter une spéculation de plus en plus dangereuse. Depuis le millionnaire jusqu'au cireur de bottes, la population américaine tout entière était engagée. Il était fatal qu'une correction se produisit un jour ou l'autre ». Analyse économique talentueuse  ou admirable prémonition du poète ?

 

Pour les dernières crises, le phénomène est évident. Les courbes de la Bourse et de la masse monétaire sont d'ailleurs souvent presque parallèles. On lâche les vannes de la création monétaire pour soigner le krach de 1987, ce qui contribue à la bulle Internet. Afin d'éviter les conséquences fâcheuses de celle-ci, on pratique encore une politique de création monétaire relancée partout dans le monde après l'explosion de 2007-2008.

 

Les avertissements de Maurice Allais

 

Le grand économiste français Maurice Allais, prix Nobel en 1988 et esprit anticonformiste, a toujours été très critique à l'égard des excès de crédit.  Au sujet de la Bourse, il considère que, jamais, sans la création de monnaie et de pouvoir d'achat ex nihilo, les extraordinaires hausses de cours que l'on constate avant les crises ne seraient possibles. A la fin de sa vie en 2009 -  il est mort presque centenaire en 2010 -, il  constatait :

 

«L'économie mondiale repose aujourd'hui sur une pyramide de dettes prenant appui les unes sur les autres dans un équilibre fragile. Jamais dans le passé une pareille accumulation de promesses de payer ne s'était constatée, d'où le risque d'un effondrement général».

 

Effectivement, la dette mondiale totale atteint 164.000 milliards de dollars en 2016 selon le FMI, soit 22.000 dollars par être humain,  et sans doute en réalité beaucoup plus de 200.000 milliards. La barre des 70 % du PIB, recommandée en Europe pour le niveau de la dette, est franchie au moins trois fois pour l'ensemble de la planète!

 

C'est l'accumulation de dettes excessives qui stimule l'euphorie ambiante. Que le caractère insoutenable de ces engagements apparaisse et tout l'édifice  peut s'effondrer.

 

Personne ne peut prévoir d'où viendra l'étincelle (qui connaissait les subprimes en 2007?) : une initiative de Trump, l’Italie,  un krach dans l’immobilier ou les œuvres d'art, quelque énorme bêtise de banque? Dans un mois, dans un an, un événement hautement improbable viendra sans doute rompre le charme de la finance triomphante. A ce moment là, seuls les actionnaires d'entreprises de grande qualité et probablement de taille raisonnable, dont les cours n'étaient pas excessivement soufflés, pourront espérer ne pas trop souffrir.

 

 

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